«Chaque artiste crée ses précurseurs. Son travail modifie notre conception du passé autant que celle du futur». Jorge Luis Borges

dimanche 1 avril 2012

Praetorius: Michaelisvesper chez Rrondeau Production


Hille Perl & The Sirius Viols
Bremer Lautten Chor
Johann Rosenmüller Ensemble
Bassus continuus
Knabenchor Hannover
Jörg Breiding, direction
Rondeau: ROP7027

Micheal Praetorius (1571?-1621) était un compositeur issu de la tradition luthérienne, mais suffisamment curieux pour être bien informé des innovations musicales de son temps, en particulier celles venant d’Italie, et de Venise pour être plus précis. Il fut impressionné par les expériences spatio-musicales de Gabrieli qui plaçait plusieurs chœurs répartis à divers emplacements dans l’église afin de générer une expérience sonore carrément spectaculaire pour l’époque. De ce fait, il peut être considéré comme l’un des premiers compositeurs à insuffler une dose aussi importante d’émotion dans la musique sacrée du « jeune » protestantisme.

Sa musique pour chœur et orchestre, méconnue en comparaison des quelques pièces de Noël et autres arrangements des danses anciennes qui nous sont parvenues, est une sorte d’heureux hybride entre la linéarité de l’expression musicale luthérienne et l’ampleur presque kaléidoscopique de l’avant-garde italienne.

La structure du disque est organisée en fonction du déroulement habituel d’un service des vêpres de l’époque. La séquence présentée ici est en fait une savante reconstruction selon les estimations les plus érudites qui nous permettent d’évaluer approximativement ce que Praetorius, alors kapellmeister, aurait pu interpréter lors de cette cérémonie importante dans l’ordre liturgique.

Jörg Breiding est le maître d’œuvre de cette reconstruction, et il alterne intelligemment motets et concertos choraux dans une architecture musicale et conceptuelle grandement efficace. Bien sûr, la musique de Praetorius est absolument glorieuse. Le mariage de la simplicité communicatrice des chorals luthériens avec la brillance imposante et monumentale de la technique du cori spezzati vénitien (la division des chœurs, et des voix en général) est indéniablement réussi. On est convaincu de l’extrême valeur de cette musique divine dès les premières notes.

Ce qui ajoute à l’intérêt, bien entendu, c’est la qualité de l’interprétation. Les chœurs ont une belle cohésion sonore, et les jeunes solistes (plusieurs chœurs de garçons sont présents), bien que légèrement imprécis tel que c’est souvent le cas avec ce type de voix, s’acquitte sérieusement de leur tâche. On dirait même que leur légère fragilité contribue à rendre cette reconstitution touchante : on se croirait vraiment à la Cour de saxe au tournant du 17e siècle.

La prise de son généreuse contribue elle aussi à ce sentiment de réalisme historique alors que les lumières réfractées par les vitraux semblent surgir des consoles de son.

Une magnifique production.


Frédéric Cardin

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