«Chaque artiste crée ses précurseurs. Son travail modifie notre conception du passé autant que celle du futur». Jorge Luis Borges

dimanche 19 novembre 2017

Les derniers quatuors de Beethoven par le Quatuor Mosaïques, la liberté à l'état pur!

Les derniers quatuors de Beethoven
Quatuor Mosaïques
Naïve: V5445, enregistrements 2014,2015 et 2016 au Wiener Konzerthaus.

Ce qui fait de Beethoven un génie de la musique parmi ses contemporains, c'est la façon personnelle qu'il avait développé pour utiliser la matière. Une mélodie, une progression tonale ou un accord, ce ne sont pas seulement des éléments constitutifs du langage musical, mais plutôt des moyens pour structurer une oeuvre. Cette nouvelle façon de penser la musique, ne lui est pas arrivée par hasard, mais c'est plutôt la conséquence de toute une vie de méditation, recherche et experimentation.
Dans ce contexte d'idée, le quatuor à cordes n'échappe pas à cette règle. Forme instaurée par Haydn une génération avant, elle a reçu ses lettres de noblesse avec les quatuors de Mozart. Beethoven évidemment devait partir du point laissé par son prédécesseur, et cela lui a pris quelques années pour développer un langage personnel. Quand il arrive à la fin de sa carrière, il s'attaque à cette forme à nouveau, mais en la transformant d'un bout à l'autre. On dirait qu'il arrive à exprimer les idées sans absolument aucun pré concept stylistique que ce soit. La liberté à l'état pur.
Quel défit de les interpréter pour n'importe quelle formation de chambre. Les derniers quatuors de Beethoven, sont une cime comparée à l'Everest. Pour y arriver il faut donner tout. Point à la ligne.
C'est ce que l’on ressent à l'écoute de cette merveilleuse version des Mosaïques. Peut être une nouvelle référence dans la riche discographie présente et passée. Un vrai plaisir pour les sens. Un bonheur absolu.

Philippe Adelfang, novembre 2017.

vendredi 17 novembre 2017

Zemlinsky, l'art du poème symphonique.


Alexander von Zemlinsky (1871-1942)

Die Seejungfrau
Es war einmal
ORF Radio-Symphonieorchester Wien, Cornelieus Meister direction

CPO: 777962-2 enregistrements mai 2010 et août 2012.

Pour les mélomanes qui ne connaissent pas l’œuvre de Zemlinsky, voici une belle occasion de rentrer dans son univers postromantique. Il fut un des plus grands compositeurs autrichiens de l’avant-garde post wagnérienne. Très respecté par ses collègues, de la jeune génération viennoise, comme Mahler, Berg et Schoenberg, Zemlinsky fut un des grands acteurs de la vie musicale dans la Vienne impériale de la fin du XIX et début du XX siècle. Tout ce monde basculera avec l’arrivé des nazis en Europe centrale. Comme bien d’autres artistes Zemlinsky a dû s’exiler aux États Unis, où il n’a jamais pu retrouver le prestige qu’il avait dans sa patrie. Son style symphonique est luxueux, brillant et hyper romantique. Il fut un des modèles de Schoenberg, avec Richard Strauss quand il s’agit de la construction des poèmes symphoniques et qui fit de cette école austro-germanique, une des principales et plus influentes dans l’Europe du début du XX siècle. « Je suis en train de travailler sur un poème symphonique d’après le conte  La Petite Sirène d’Andersen, ce qui me réjouit énormément ces temps-ci » écrivit le compositeur en 1902 dans une lettre à Schoenberg. Le résultat fut une partition merveilleusement bien écrite, dans la meilleure tradition des grands poèmes symphoniques de Strauss. Malheureusement Die Seejungfrau n’est pas souvent très joué en concert, ce qui fait que des projets comme celui de CPO, prennent quelques années à sortir sur le marché. Ce magnifique enregistrement "live" de l’Orchestre de la Radio Viennoise (ORF) a pu se faire en 2010, mais il a fallu attendre deux années encore pour compléter ce projet discographique avec Es war einmal qui fut seulement programmé qu'en 2012. Un autre tres bel exemple de comment certains enregistrements ont aussi une fonction  de sauvegarde du patrimoine sonore d’une nation.

Philippe Adelfang, novembre 2017

dimanche 12 novembre 2017

Prokofiev, symphonies n°2 et 3. Jurowski la clef des chants!

Prokofiev, symphonies n°2 et 3
Orchestre Symphonique Académique de l'État de Russie, Vladimir Jurowski direction.
Pentatone: PTC5186624
Enregistrements: septembre et octobre 2016

Certains compositeurs ont eu une approche, disons, plus problématique avec le langage symphonique. On a toujours une tendance à comparer les symphonies de Prokofiev avec celles de son collègue (cadet) Chostakovitch. Mais il faut se rappeler d’un élément clef. Prokofiev a toujours aimé  faire des œuvres dans un contexte dramatique ou la structure de l’œuvre suit une idée préétablie. Après son retour des États Unis, Prokofiev passa dix années de sa vie à Paris. Il produisit des œuvres d’une force et originalité magnifique. Profitant d’un environnement libre et sans aucune restriction esthétique, il pourra développer un langage moderne et unique dans sa production globale. La structure symphonique était disons plus abordable dans sa vision classique de la musique.  Sa deuxième symphonie écrite en 1924-25 est plus proche d’un univers futuriste que du classicisme de sa première symphonie. Tandis que pour sa troisième, écrite en 1928, le compositeur tira une partie des idées thématiques de son opéra The Fiery Angel, ce qui prouve le besoin d’avoir à main une source dramatique externe comme moteur d’inspiration. C’est une des différences, a mon avis, plus importante entre les productions symphoniques des deux compositeurs les plus importants de l’Union Soviétique dans le XX siècle.
Les versions de ce remarquable enregistrement de Pentatone très bien joués par l’Orchestre Symphonique de l’État de Russie, maintenant appelé Evgeny Svetlanov, sont une excellente référence si l’on veut avoir des enregistrements modernes superbement interprétés. Jurowski  rentre dans le sommet de son art. On a hâte de suivre cette intégrale.

Philippe Adelfang, novembre 2017

dimanche 29 octobre 2017

Les symphonies de Bohuslav Martinů


Bohuslav Martinů 
Symphonies, enregistrements complets
Orchestre de la Radio de Vienne ORF
Cornelius Maister, direction
Capriccio C5320, enregistrements live 2011-2017.

La production des symphonies de Bohuslav Martinů (1890-1959) s'échelle pendant quatre années de 1942 jusqu'à 1946, exception faite par ses "Fantaisies Symphoniques", aussi apellé sixième symphonie, oeuvre qui fut composée en 1954. Cela veut dire que c'est une musique mûrie, d'un compositeur déjà en possession de tous les moyens techniques, et dont le résultat est une oeuvre d'une qualité et complexité absolument remarquable.
L'orchestre ORF Radio-Symphonieorchester Wien - RSO Wien est d'un niveau technique et artistique époustouflant. Cornelius Meister assure de faire de ces enregistrements, des versions de référence.

Philippe Adelfang, octobre 2017.

mardi 24 octobre 2017

Sérénade et Divertimentos de Léo Weiner

Leó Weiner (1885-1960)
Sérénade op.3, Divertimento n°1 op.20, Divertimento n°2 op.24
Divertimento n°3 op.25, Divertimento n°4 op.38 et Divertimento n°5 op.39
Orchestre Symphonique National de l'Estonie, Neeme Järvi, direction.
Chandos : CHAN 10959, enregistrements 2015/16

La recherche d'une musique nationale implique aussi une pensée disons plus abstraite sur ce que signifie un son et une forme particulière et unique pour un pays ou  une culture.
Ce type de démarche ainsi que les recherches qui les impliquent, ont occupé une grande partie de la vie créative d'une pléiade de compositeurs hongrois dont la place importante qu’ occupa Leó Weiner fut déjà soulignée  par Bartok dans un article publié dans un magazine londonien en 1920.
Les œuvres de cet enregistrement sont entièrement basées sur des mélodies tirées du folklore hongrois ou magyar. C'est la force de leur beauté, la technique des arrangements qui avec une instrumentation raffinée,donne à ces œuvres, une valeur unique et exceptionnelle. Encore une fois je voudrais souligner la valeur de l'enregistrement comme, non seulement un objet artistique, mais aussi comme un outil de sauvegarde d'un répertoire qui n'a pas souvent une place assurée dans les programmations des concerts.
L'Orchestre Symphonique National de l'Estonie est absolument magnifique, donnant à ces partitions un ton, une couleur et un sentiment qui rend justice à une musique inspirée et merveilleusement écrite.
La vision de Neeme Järvi a contribué sûrement à ce projet en lui donnant toute l'assurance que l'expérience d'un chef de son calibre peut offrir.
Belle découverte d'automne.

Philippe Adelfang, octobre 2017. 

mercredi 4 octobre 2017

Jan Bartos joue Mozart

Mozart concertos pour piano et orchestre n°20 et n°12 (version quatuor à cordes et piano)
Jan Bartos, piano
Quatuor Dolezal
Orchestre Philharmonique Chèque, Jiri Belohlavek, direction
Supraphon SU4234-2, enregistrements mai 2013 et 2016.

L'excellence de ce disque se trouve dans l'interprétation impériale du soliste Jan Bartos. Prise de son live qui souligne la musicalité de l’interprète, dans le fameux concerto en ré mineur n°20 K466, qui est d'une incroyable luminosité, et transparence, et en plus avec une inspiration absolument unique. L'orchestre Tchèque, fidèle à son histoire musicale est simplement parfaite. L'enregistrement se complète avec la version de chambre d'un des concertos préférés de Mozart, le n°12 en la majeur K414 pour quatuor à cordes et piano. Œuvre qui appartient plus au monde de la musique de chambre, et ne perd jamais ses attraits musicaux. Jan Bartos excelle encore une fois, démontrant qu'il est un formidable artiste. Enregistrement essentiel, comme un cadeau pour l'esprit.

Philippe Adelfang octobre 2017.

jeudi 21 septembre 2017

Lieder de Dvorák, chantés par Pavol Breslik

Antonin Dvorak (1841-1904)
Cyprès (1865)
Chants du soir (1876)
Mélodies tziganes (1880)
Pavol Breslik, ténor
Robert Pechanec, piano
Supraphon: SU4215-2 enregistrements août 2016.
Les lieder de Dvorak, sont de petites merveilles de composition. Le premier cycle dans cet enregistrement, Cyprès fut composé pendant les chaudes semaines de l'été de 1876 d'après des poèmes d'amour de Gustav Pfleger-Moravsky. Musicalement assez proches de Schubert, il a, par contre, une intensité plus Schumanniènne. Véritable catalogue d'idées, ce cycle a servi au compositeur comme un fond où puiser quand il était à la recherche de thèmes pour d'autres types de compositions.
Le deuxième cycle les Chants du soir a été composé en 1876 mais, d'après leur structure et accompagnement très schumannien, il se peut que sa composition puisse être antérieur à cette date.
Le troisième cycle Les chant tziganes fut composé pour le ténor allemand Gustav Walter, qui en assura la création le 4 février de 1881 à Vienne. Ce cycle à vraiment ouvert la porte à Dvorak aux salons des chants européens, et il est parmi l’enregistrement des premières oeuvres du compositeur.
Il faut mentionner l'art vocal et artistique superlatif du ténor Pavol Breslik qui nous donne une version absolument réussie, avec une intensité et expressivité hors du commun. Il est très bien accompagné au piano par Robert Pechanec et on peut dire déjà qu'ils sont une référence dans ce type de répertoire.

Philippe Adelfang, septembre 2017.