«Chaque artiste crée ses précurseurs. Son travail modifie notre conception du passé autant que celle du futur». Jorge Luis Borges

lundi 16 janvier 2012

Maurice Emmanuel : Ouverture pour un conte gai; Symphonies nos 1 & 2; Suite française


Orchestre Philharmonique Slovène
Emmanuel Villaume, direction
Timpani 1C1189


La maison Timpani mérite les plus beaux éloges pour le dévouement dont elle fait preuve pour nous faire découvrir des territoires méconnus mais ô combien enchanteurs.

Ce disque se consacre aux partitions peu fréquentées de Maurice Emmanuel, compositeur français né en 1862 et mort en 1938. Emmanuel possédait une réelle affinité pour la palette orchestrale. Son talent se manifestait à travers la combinaison d’un tempérament joueur et bon enfant, une culture érudite riche et étoffée ainsi qu’un modernisme musical informé mais non dogmatique.

Emmanuel était à la fois un coloriste et un créateur attaché à la forme classique. Le résultat est une musique hybride et personnelle, teintée de dissonances, mais constamment équilibrée par le besoin de dessiner des panoramas suggestifs et communicatifs.

Emmanuel étudia avec Léo Delibes, entre autres, mais s’éloigna du maître par ses recherches harmoniques, ce qui incita ce dernier à écarter son élève du Prix de Rome. Il n’y a pas de quoi nous rendre fier du vieux Léo! Emmanuel devint lui-même professeur émérite au Conservatoire, où il enseigna à Robert Casadesus, Yvonne Lefébure, Olivier Messiaen et Henri Dutilleux.

La rareté de l’œuvre d’Emmanuel n’a d’égale que sa grande qualité. Le programme s’amorce avec l’Ouverture pour un conte gai, une pièce de jeunesse de 1890 qui marque déjà le coup par une modernité précoce. C’est ici que Delibes, le vieux professeur, fut dérouté et choqué jusqu’à punir son élève. Tout cela semble bien superficiel à nos oreilles d’hommes du 21e siècle, car la pièce est vivante, colorée et attrayante.

La Symphonie no.1 suit en rendant bien compte de toute la luxuriance lumineuse de la plume « emmanuellienne ». Si la Guerre 14-18 en est le décor obligé car elle fut composée pendant cette période, l’œuvre n’en est pas mortifère pour autant. Emmanuel traduit des sentiments variés et tourbillonnants dans un canevas orchestral organique au déroulement fluide et ondoyant de couleurs et de timbres.

La Suite française en six mouvements procède d’une tendance tout à fait à la mode à l’époque, soit celle d’une réactualisation de la musique ancienne et baroque à travers une orchestration moderne. Tel le Tombeau de Couperin de Ravel, Emmanuel s’inspire d’un grand compositeur baroque français, en l’occurrence Rameau. Les légères dissonances rapprochent l’œuvre de Stravinsky plutôt que de Ravel.

La Symphonie no.2 « bretonne » rappelle d’autres exercices enracinés dans le folklore et les brumes mystiques des légendes régionales comme certaines œuvres de Ropartz ou encore l’opéra Le Roi d’Ys de Lalo, dont l’inspiration principale, cette mythique cité d’Ys, constitue l’un des piliers fabuleux de l’histoire légendaire bretonne.

Elle est divisée en quatre mouvements fort concis qui synthétisent habilement toute une panoplie d’émotions et d’images suggestives telles des danses paysannes, la mer brumeuse ou des forêts enchantées.

L’Orchestre Philharmonique Slovène est superbe, scintillant de reflets irisés et miroitant de luminosité constellée.
Grand merci aux amis de chez Timpani!



Frédéric Cardin 

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