«Chaque artiste crée ses précurseurs. Son travail modifie notre conception du passé autant que celle du futur». Jorge Luis Borges

dimanche 29 octobre 2017

Les symphonies de Bohuslav Martinů


Bohuslav Martinů 
Symphonies, enregistrements complets
Orchestre de la Radio de Vienne ORF
Cornelius Maister, direction
Capriccio C5320, enregistrements live 2011-2017.

La production des symphonies de Bohuslav Martinů (1890-1959) s'échelle pendant quatre années de 1942 jusqu'à 1946, exception faite par ses "Fantaisies Symphoniques", aussi apellé sixième symphonie, oeuvre qui fut composée en 1954. Cela veut dire que c'est une musique mûrie, d'un compositeur déjà en possession de tous les moyens techniques, et dont le résultat est une oeuvre d'une qualité et complexité absolument remarquable.
L'orchestre ORF Radio-Symphonieorchester Wien - RSO Wien est d'un niveau technique et artistique époustouflant. Cornelius Meister assure de faire de ces enregistrements, des versions de référence.

Philippe Adelfang, octobre 2017.

mardi 24 octobre 2017

Sérénade et Divertimentos de Léo Weiner

Leó Weiner (1885-1960)
Sérénade op.3, Divertimento n°1 op.20, Divertimento n°2 op.24
Divertimento n°3 op.25, Divertimento n°4 op.38 et Divertimento n°5 op.39
Orchestre Symphonique National de l'Estonie, Neeme Järvi, direction.
Chandos : CHAN 10959, enregistrements 2015/16

La recherche d'une musique nationale implique aussi une pensée disons plus abstraite sur ce que signifie un son et une forme particulière et unique pour un pays ou  une culture.
Ce type de démarche ainsi que les recherches qui les impliquent, ont occupé une grande partie de la vie créative d'une pléiade de compositeurs hongrois dont la place importante qu’ occupa Leó Weiner fut déjà soulignée  par Bartok dans un article publié dans un magazine londonien en 1920.
Les œuvres de cet enregistrement sont entièrement basées sur des mélodies tirées du folklore hongrois ou magyar. C'est la force de leur beauté, la technique des arrangements qui avec une instrumentation raffinée,donne à ces œuvres, une valeur unique et exceptionnelle. Encore une fois je voudrais souligner la valeur de l'enregistrement comme, non seulement un objet artistique, mais aussi comme un outil de sauvegarde d'un répertoire qui n'a pas souvent une place assurée dans les programmations des concerts.
L'Orchestre Symphonique National de l'Estonie est absolument magnifique, donnant à ces partitions un ton, une couleur et un sentiment qui rend justice à une musique inspirée et merveilleusement écrite.
La vision de Neeme Järvi a contribué sûrement à ce projet en lui donnant toute l'assurance que l'expérience d'un chef de son calibre peut offrir.
Belle découverte d'automne.

Philippe Adelfang, octobre 2017. 

mercredi 4 octobre 2017

Jan Bartos joue Mozart

Mozart concertos pour piano et orchestre n°20 et n°12 (version quatuor à cordes et piano)
Jan Bartos, piano
Quatuor Dolezal
Orchestre Philharmonique Chèque, Jiri Belohlavek, direction
Supraphon SU4234-2, enregistrements mai 2013 et 2016.

L'excellence de ce disque se trouve dans l'interprétation impériale du soliste Jan Bartos. Prise de son live qui souligne la musicalité de l’interprète, dans le fameux concerto en ré mineur n°20 K466, qui est d'une incroyable luminosité, et transparence, et en plus avec une inspiration absolument unique. L'orchestre Tchèque, fidèle à son histoire musicale est simplement parfaite. L'enregistrement se complète avec la version de chambre d'un des concertos préférés de Mozart, le n°12 en la majeur K414 pour quatuor à cordes et piano. Œuvre qui appartient plus au monde de la musique de chambre, et ne perd jamais ses attraits musicaux. Jan Bartos excelle encore une fois, démontrant qu'il est un formidable artiste. Enregistrement essentiel, comme un cadeau pour l'esprit.

Philippe Adelfang octobre 2017.

jeudi 21 septembre 2017

Lieder de Dvorák, chantés par Pavol Breslik

Antonin Dvorak (1841-1904)
Cyprès (1865)
Chants du soir (1876)
Mélodies tziganes (1880)
Pavol Breslik, ténor
Robert Pechanec, piano
Supraphon: SU4215-2 enregistrements août 2016.
Les lieder de Dvorak, sont de petites merveilles de composition. Le premier cycle dans cet enregistrement, Cyprès fut composé pendant les chaudes semaines de l'été de 1876 d'après des poèmes d'amour de Gustav Pfleger-Moravsky. Musicalement assez proches de Schubert, il a, par contre, une intensité plus Schumanniènne. Véritable catalogue d'idées, ce cycle a servi au compositeur comme un fond où puiser quand il était à la recherche de thèmes pour d'autres types de compositions.
Le deuxième cycle les Chants du soir a été composé en 1876 mais, d'après leur structure et accompagnement très schumannien, il se peut que sa composition puisse être antérieur à cette date.
Le troisième cycle Les chant tziganes fut composé pour le ténor allemand Gustav Walter, qui en assura la création le 4 février de 1881 à Vienne. Ce cycle à vraiment ouvert la porte à Dvorak aux salons des chants européens, et il est parmi l’enregistrement des premières oeuvres du compositeur.
Il faut mentionner l'art vocal et artistique superlatif du ténor Pavol Breslik qui nous donne une version absolument réussie, avec une intensité et expressivité hors du commun. Il est très bien accompagné au piano par Robert Pechanec et on peut dire déjà qu'ils sont une référence dans ce type de répertoire.

Philippe Adelfang, septembre 2017.

lundi 31 juillet 2017

Mahler 5 le tandem Minnesota/ Vänskä dans un élan parfait.

Gustav Mahler (1860-1911)
Symphonie n°5 en do dièse mineur
Minnesota Orchestra, Osmo Vänskä direction
BIS-2226, enregistrements juin 2016.

La cinquième symphonie de Mahler composée entre 1901-02, peut être considérée à plusieurs égards comme un espèce de requiem philosophique ou esthétique d'une époque. Véritablement, quand on écoute cette marche funèbre du début, on est presque tenté de se demander: pour qui l'enterrement?
Si bien Mahler évoluait au sein d'une société multiculturelle qui était, disons, à son apogée, cette époque incroyable du point de vue artistique de l'Empire Autrichien contenait aussi les germes de sa destruction. Musique d'anticipation, cette cinquième possède déjà tous les éléments descriptifs qui vont préfigurer le cataclysme à venir, et qui finira abruptement une belle époque marquée par un développement artistique et culturel comme jamais auparavant. D'une certaine façon cette musique de Mahler serait un peu le mélodrame sociologique d'une époque.
La version qui nous occupe dans cette chronique est absolument magistrale. Osmo Vänskä conduit l'orchestre du Minnesota, avec une sensibilité et justesse remarquable. Cette cinquième est le premier volet d'une intégrale à venir, qui sera sans aucun doute une référence, tant sur le plan artistique, comme sur le plan technique, et surtout parmi la grande quantité de versions qu'on peut trouver sur le marché.
On attend avec hate et impatience les prochaines à venir, la sixième et la deuxième sont déjà en chantier. La production de BIS est comme d'habitude impeccable.

Philippe Adelfang, juillet 2017.

mercredi 5 juillet 2017

Krassimira Stoyanova, Verismo. Un plaisir pour le cœur et pour l'âme!

Krassimira Stoyanova, Verismo
Münchner Rundfunkorchester, Pavel Baleff direction
Orfeo: C899171A, enregistrements octobre 2015 et janvier 2016.

Pour ce nouvel enregistrement de la soprano bulgare Krassimira Stoyanova, le choix artistique est basé sur un ensemble d'airs d'opéra «véristes». La sélection est à la hauteur de son interprétation. Magistrale! Stoyanova possède une voix absolument mélodieuse et transparente. Avec sa technique incomparable et un phrasé parfait, elle nous mène dans un parcours d'émotions et passions humaines de toute sortes. On trouve dans cet enregistrement, des merveilles uniques. Une Signore,ascolta (Turandot) magistral, ou In quelle trine morbide (Manon Lescaut) d'une dimension humaine, mais je retiens l'attention dans le fameux air Ebben? Ne andrò lontana (La Wally) du regretté Alfredo Catalani décédé seulement à 39 ans! Stoyanova est absolument impériale! Et ce n'est que pour faire un simple choix pour cette chronique. L'enregistrement est parfait du début à la fin!
La complicité musicale et artistique de l'Orchestre de la Radio et Télévision de Munich est totale. Et surtout avec la merveilleuse direction de Pavel Baleff, ils assurent un accompagnement de premier ordre, pour rendre cet enregistrement indispensable dans un répertoire déjà bien garnis.
Un plaisir pour le cœur et pour l'âme!

Philippe Adelfang, juillet 2017

mercredi 28 juin 2017

Zhu Xiao-Mei joue les Suites françaises de Bach. La conquête de la simplicité!



J.S.Bach, Les suites françaises BWV812-817
Zhu Xiao-Mei, piano
Accentus Music:ACC30404, enregistrement mai 2016

C'est difficile pour un artiste d'appliquer une recette à son art. Quand la recherche passe par un travail silencieux d'orfebre, il ne reste qu'applaudir en silence. Zhu Xiao-Mei, est peut être, à mon avis, une des plus grandes interprètes de la musique J.S.Bach. Simplement à l'écoute de ses enregistrements, on se rend compte qu'on est face à un artiste tout particulier. Disons que l’interprète s'efface derrière l'oeuvre. Paradigme du XIX siècle, le rôle de l'instrumentiste reste tout aussi important que celui du compositeur, mais il prend une autre dimension quand le respect du texte est, non seulement une responsabilité, mais une vocation.
Enregistrement essentiel, qui fait le bonheur de l'âme.
«Conquérir la liberté, c'est conquérir la simplicité.» Joan Miró (Interview à Xiao-Mei fait par Michel Mollard.

Philippe Adelfang, juin 2017