«Chaque artiste crée ses précurseurs. Son travail modifie notre conception du passé autant que celle du futur». Jorge Luis Borges

mardi 1 novembre 2016

Vivaldi: Les quatre saisons. Ars Antiqua Austria. La répétition comme une construction du discours musical

Antonio Vivaldi : Les quatre saisons
Frantisek Jiranek : Concerto pour violon en ré mineur
Ars Antiqua Austria, Gunar Letzbor direction.
Challenge: CC72700 enregistrements avril 2016
«Répétition c'est ma marque de commerce, quand je joue de la musique je n'ai pas du plaisir à répéter des choses très fréquemment». Quel aveu esthétique incroyable de Gunar Letzbor, le violon soliste et directeur de l'ensemble baroque Ars Antiqua Austria. À mon humble avis, voilà la clef de leur succès. La présente version des Quatres Saisons de Vivaldi, est sans doute une version d' anthologie. Une de mes préférées, à côté de Biondi et compagnie. Trouver du différent là où on dirait qu'il n'y aurait pas, utiliser la répétition comme un véhicule de construction, et non pas seulement comme une nécessité du temps. Des trouvailles qui font de cette version une référence. SACD absolument recommandable, si vous êtes en quête d'un enregistrement formidable avec une prise de son magnifique, c'est l'album à ne pas manquer. merci aux artistes et merci à Challenge Records pour cette production!

Philippe Adelfang, novembre 2016. 

vendredi 14 octobre 2016

Enregistrement essentiel, majeur et que tout mélomane devrait écouter.

Albert Roussel (1869-1937)
Bacchus et Ariane op.43 suites n°1 et n°2 (1930)
Claude Debussy (1862-1918)
Six épigraphes antiques (1914) (orch.Ansermet 1930)
Francis Poulenc (1899-1963)
Les Biches-suite (1939-1940)
Orchestre de la Suisse Romande
Kazuki Yamada, direction.
Pentatone : PTC5186558 enregistrement octobre 2015

Ce nouvel enregistrement de l'Orchestre de la Suisse Romande sous la baguette du génial Yamada, offre la possibilité de comprendre un aspect que la musique du XX siècle a tenu toujours à cœur. Le rythme est à la musique, ce que l'oxygène est aux corps vivants. Un combustible. Le compositeur moderne à toujours compris, que l'articulation rythmique dans les phrases musicales, c'est quelque chose d'essentiel dans le discours. C'est ce que Yamada comprend aussi. Et c'est ce qui fait que les œuvres sous sa baguette magique, prennent une dimension existentielle.
Dire que les œuvres d'Albert Roussel sont un peu négligées dans la programmation et l'enregistrement des orchestres d'aujourd'hui, c'est une vérité qui devrait changer au fur et à mesure que sa musique est comprise comme un contraste intelligent au discours, disons impressionniste du début du XX siècle dans la scène française. Bien que du point du vue sonore le discours de Roussel et Debussy est, apparemment, semblable, la différence est radicale. Roussel ne construit pas son discours comme Debussy. Pour Roussel la variation et l'évolution des cellules thématiques sont plus essentielles qu'une construction en mosaïque. Ceci c'est déjà toute une différence esthétique entre les deux compositeurs.
La version ici enregistrée de son génial ballet Bacchus et Ariane, en format de suite symphonique de concert, est magistrale. Toutes les nuances de cette musique émouvante sont interprétées de façon à faire ressortir la qualité d'un discours noble et sincère.
Les Six épigraphes antiques de Debussy orchestrés par le génial chef d'orchestre Ernest Ansermet, nous montrent aussi un sommet sonore dont cette orchestre est capable d'atteindre. En imprimant une palette plus ou moins  nuancée, Yamada ressort les couleurs en demie-teinte, que cette partition possède.
Et la fin avec Les Biches de Poulenc, c'est pour moi une espèce de synthèse. Comme il est le plus jeune des trois compositeurs présentés dans cet enregistrement, c'est tout à fait naturel qui vienne à la fin, comme une forme de récapitulation de ce début génial du XX siècle, au moins jusqu'avant la deuxième guerre mondiale.
Enregistrement essentiel, majeur et que tout mélomane devrait écouter.

Philippe Adelfang, octobre 2016.

vendredi 7 octobre 2016

Vincent d'Indy Royal Scottish National Orchestra, émotivité à couper le souffle

Vincent d'Indy (1851-1931)
Symphonie n°2- Souvenirs – Istar – Fervaal
Royal Scottish National Orchestra
Jean-Luc Tingaud
Naxos 8573522, enregistrement juillet 2015.

Wagnérien convaincu, D'Indy joua un rôle clef dans le tournant du XIX siècle au XX en France. Il a permit, avec ses œuvres symphoniques, de placer le milieu musical français d'un pied égal avec la concurrence allemande. D'Indy a été aussi un grand pédagogue, simplement on n'a qu'à repasser la liste des noms de ses élèves, pour réaliser à quel point il a influencé et préparé toute une génération de musiciens : Satie, Roussel, Milhaud et même Cole Porter entre autres.
La Symphonie n°2 en si bémol majeur, est un modèle esthétique de la façon d'écrire de D'Indy. Composé en 1902/03 dédié à Paul Dukas, l'écriture de cette symphonie nous montre le processus de composition par cellules thématiques qui se développent dans les quatres mouvements. Il ne faut pas oublier que D'Indy suivait le système de composition de César Franck où l'oeuvre musicale devrait puiser ses idées à partir d'une seule cellule si possible. Ceci donne effectivement un caractère uniforme avec beaucoup de cohésion dans les divers mouvements.
Des autres pièces qui complètent cet enregistrement, je retiens votre attention à Istar op.42 dédié à la Société des Concerts Ysaÿe, où la palette orchestrale de d'Indy serait à son meilleur, pour colorer des variations symphoniques, d'une ingéniosité sans précédent encore dans la musique d'aujourd'hui. Disons simplement que le thème des variations sera présenté à la fin, coup de génie qui a surpris grandement à l'époque.
L'Orchestre écossaise, et magistralement dirigé par Jean-Luc Tingaud, qui arrive à ressortir une  palette de couleurs époustouflante, en gardant une émotivité à couper le souffle.

Philippe Adelfang, octobre 2016.

vendredi 30 septembre 2016

Bach par Ghielmi, ou la passion de la joie.

Bach par Ghielmi, ou la passion de la joie.
Passacaille: PAS 1019
L' association de Lorenzo Ghielmi avec le label Passacaille, produit des miracles musicaux qu'il faut les mentionner et soutenir. Le mien est un parti pris d'avance. Je ne suis pas objectif. Cette nouvelle réalisation de l'ensemble La Divina Armonia, est absolument superbe. Ghielmi nous souligne que Bach était avant tout un compositeur joyeux, gai et vital. Il puise dans une dynamique de mouvement tranquille, l'énergie qu'il a besoin pour soutenir le discours baroque. Ce discours serait, toujours en fonction d'un équilibre esthétique, une voie expressive proche d'une sérénité quasi existentielle. Tout est en ordre dans un cadre où la mélodie et le contrepoint sont eux aussi les serviteurs d'un discours équilibré. L'émotion reste au service du langage. Ce langage serait au service d'une idée. Et c'est cette idée qui véhicule l'intention artistique de l'œuvre.
Merci La Divina Armonia, merci Lorenzo Ghielmi et merci à la musique magnifique de J. S. Bach.

Philippe Adelfang, septembre 2016.


lundi 26 septembre 2016

Serpent et feu, airs pour Didon et Cléopatre Anna Prohaska, soprano Il Giardino Armonico

Serpent et feu
Airs pour Didon et Cléopatre
Anna Prohaska, soprano
Il Giardino Armonico, Giovanni Antonini, direction.
ALPHA 250 enregistrement décembre 2015

Enregistrement merveilleux, disons un petit miracle de ces derniers temps, celui de la soprano Anna Prohaska, avec le Giardino Armonico. L'album a été créé autour d'airs et de musique sur les thèmes de deux reines africaines : Didon et Cléopatre. Les artistes ont puisé dans des partitions de compositeurs connus par les mélomanes, comme Purcell, Handel et Cavalli, mais j'en suis sur qu'ils seront surpris par des retrouvailles intéressantes comme  La Tempête de Matthew Locke (1622-1677), ou La Cleopatra de Daniele Da Castrovillari (1613-1678).
Enregistrement thématique, qui devient essentiel pour découvrir une voix expressive, pleine de sensibilité, et d'un très haut niveau artistique et musical.
L'accompagnement brillant et intelligent d'Il Giardino Armonico, se transforme dans le partenaire idéal de cette réussite discographique.
Bravo aux artistes et à la maison Alpha Classics, pour une autre référence dans une discothèque idéale. Disque à garder, pour le savourer en tout temps.


Philippe Adelfang, septembre 2016.

samedi 17 septembre 2016

Carlo Farina Consort Music 1627

Carlo Farina (1600?-1639)
Musique pour des Consorts, Dresde 1627
Accademia del Ricercare, Pietro Busca direction.
CPO : 555034-2, enregistrement avril 2015.

Quand on cherche les sources du baroque, on est incliné à nommer des compositeurs clefs de la dernière partie de la renaissance, comme Monteverdi. Probablement par manque d'information, involontairement on oublie d'autres, qui ont, eux aussi, rayonnés durant cette époque. C'est certainement le cas de Carlo Farina nait, à peu-près, aux alentours du 1600 à Mantoue, une des villes les plus prospères de la renaissance italienne. Grâce au support du duc Vincenzo I Gonzaga, la ville se transforma en un centre d'importance dans les arts vers la fin du XVIème siècle et début du XVIIème. Seule la rivalité de la Serenissima Venice va concurrencer avec elle, en s'appropriant des services d'un altiste et compositeur nommé Claudio Monteverdi. Mais le legs du génial compositeur qui avait rayonné pendant 22 ans à Mantoue fut énorme. Les deniers livres de madrigaux et son Orfeo, peuvent être considérés, sans aucun doute, comme des antécédents du baroque.
C'est dans cet univers disons esthétiquement révolutionnaire, que Farina va faire ses armes dans la création musicale. Il étudie avec Salomone Rossi, probablement un des meilleurs violonistes de son époque, et commence un périple de voyages d'après les sources restreintes d'information que l'on dispose actuellement. Prague, Dresde, Danzig et Vienne sont quelques unes des villes où il a travaillé, mais il porta toujours l'empreinte musicale de sa Mantoue natale.
Brillamment interprété par l'ensemble Accademia del Ricercare, ce disque nous sert à plonger dans l'univers instrumental de Farina. Ses gaillardes, pavanes, courentes et voltas, sont en quelque sorte des empreintes sonores d'une évolution qui était en train de transformer le discours musical de l'Europe. Cet enregistrement merveilleux de CPO, est une démonstration sonore d'un changement, pas nécessairement radical, mais volontairement dirigé vers l'avant que la science musicale a eu dans la première moitié du XVII siècle.


Philippe Adelfang, septembre 2016.

vendredi 2 septembre 2016

Mozart, les symphonies de Salzbourg, l'appel du génie!

Mozart, symphonies 21 K134, 27 K199 et 34 K338 dites de Salzbourg.
Haydn Sinfonietta Wien (instruments d'époque).
Manfred Huss, direction.
BIS-2218 enregistrements K134 et K 199 2006, K338 avril 2015

Très beau projet qui nous vient de la main de l'éditeur BIS, de permettre à cette belle orchestre de chambre Haydn Sinfonietta Wien de publier les trois symphonies de Mozart dites de Salzbourg.
Il faut préciser, que les deux premières symphonies de cet enregistrement avaient déjà été enregistrées sous le label VMS-Zappel Music, mais que BIS a remasterisé  en ajoutant la troisième enregistrée l'année dernière pour former ce nouveau disque.
Fondé par Manfred Huss en 1991, le Haydn Sinfonietta Wien peut être considéré comme une des meilleures formations spécialisées dans le classicisme viennois.
Des trois symphonies présentées dans cet enregistrement, la dernière est, à tout point de vue, la plus développée. Elle illustre très bien le passage, la transformation et l'évolution que Mozart a fait de Salzbourg à Vienne. La capitale impériale, est évidement une ville avec plus de moyens, et le jeune Mozart saura en tirer des profits. Ce sont des petits chefs-d'œuvres, de sa première étape créatrice, qui nous montrent déjà que Mozart était prêt pour les grandes œuvres qui allaient venir un peu plus tard.
Très beau CD, absolument recommandable autant par la qualité des interprètes, mais aussi par l'excellence dans l'enregistrement.


Philippe Adelfang, septembre 2016.