«Chaque artiste crée ses précurseurs. Son travail modifie notre conception du passé autant que celle du futur». Jorge Luis Borges

dimanche 21 août 2011

Manfred de Robert Schumann une oeuvre d'art total, chez Arthaus




ManfredJohann von Bülow Gemsenjäger / GeistStefan Wilkening
Alpenfee / AstarteTina Amon Amonsen
NemesisVera Bauer
AbtDieter Prochnow

SopranoMechthild Bach
Mezzo-sopranoElisabeth Popien
TenorHans-Jörg Mammel
Bass / HermannMarkus Flaig
BassManfred Bittner, Ekkerhard Abele, Tobias Berndt

Chor des Städtischer Musikvereins zu Düsseldorf
(chorus master: Marieddy Rossetto)
Dusseldorf Symphony Orchestra
Andrey Boreyko
, conductor

Johannes Deutsch, direction and visualization
Recorded live from the Tonhalle Düsseldorf, 2010

Voici l'occasion de saisir une oeuvre qui est très peu jouée de nos jours, sûrement puisque Byron considérait son poème Manfred comme une pièce de « théâtre mental». Schumann s'inscrit dans cette idée, dans la mesure où il ajoute au «poème dramatique» des éléments apparemment hétérogènes et appartenant à différents genres, tels que la musique de théâtre et d'opéra, le mélodrame et le monologue. Elisabeth von Leliwa, pour Arthaus.
Schumann: Manfred, Op. 115

Arthaus: 101575, à partir de septembre au Canada.

mardi 16 août 2011

L'art de la variation en majuscules. Variations chez Euro Arts avec Daniel Barenboim, Yefim Bronfman et András Schiff


Johann Sebastian Bach: Goldberg Variations, BWV 988
András Schiff, piano
Recorded live at the Reitstadel in Neumarkt, 1990.

Ludwig van Beethoven: Diabelli Variations, Op. 120
Daniel Barenboim, piano
Recorded live at the Gasteig, Philharmonie, Munich, 1991

Johannes Brahms: 25 Variations and Fugue on a Theme by Handel, Op. 24
Yefim Bronfman, piano
Recorded live at the Max-Joseph-Saal of the Münchner Residenz, 1987.

«Les choux et les navets m'ont fait fuir. Si ma mère avait fait cuire du rôti, je serais resté.» J.S.Bach.

Trois oeuvres majeures de la littérature musicale des variations, interprétées par des artistes exceptionnels.

Variations

mercredi 10 août 2011

Olivier Latry sur un piano pédalier, chez Naïve à paraître cet automne.


Le piano à pédalier, par sa nature hybride, à la frontière du piano et de l'orgue, est au carrefour de plusieurs mondes, qui d’ailleurs ne se superposent pas rigoureusement et sont à la fois des espaces, des pratiques et des traditions - y compris des traditions d'écriture: salon/église, espace privé / espace public, profane/sacrée, consommation esthétiques désintéressée/liturgie, style mondain/ contrepoint, France/Allemagne. Bruno Moysan, pour Naïve.

CDV5278 chez Naïve, à venir cet automne.


Regardez tout l'art d'Olivier Latry, à l'orgue de la Cathédrale de Notre Dame en 2007.



mardi 9 août 2011

L'Orfeo de Claudio Monteverdi, Teatro alla Scala chez Opus Arte


Orfeo: Georg Nigl
Euridice: Roberta Invernizzi
Messaggera: Sara Mingardo
Speranza: Sara Mingardo
Caronte: Luigi De Donato
Proserpina: Raffaella Milanesi
Plutone: Giovanni Battista Parodi
Eco: Roberta Invernezzi
Apollo: Furio Zanasi
Solo Dancer: Nicola Strada
Orchestre du Teatro alla Scala
Basso continuo: Concerto Italiano
Chef: Rinaldo Alessandrini
Régie: Robert Wilson
Enregistré au Teatro alla Scala
le 21 et 23 décembre 2009

Opus Arte: OA1044D Dvd
OABD7080D Blu-ray

La vision artistique de Robert Wilson ne plait pas à tout le monde. La critique envers cette production datant de 2009 a été par moments lapidaire (chez Télérama en particulier). À la décharge des sceptiques, je reconnaitrai que les incongruités de M. Wilson ne peuvent s’appliquer à tous les contextes opératiques. Mais, cette fois, à la décharge du célèbre metteur en scène américain, je dirai que les livrets traitant de dieux anciens et de géométrie émotionnelle antique ne peuvent faire de meilleurs véhicules pour le type de minimalisme conceptuel inhérent à la démarche wilsonienne.

Dans le contexte de cette production de l
’Orfeo de Monteverdi, est-ce que ça fonctionne? À plusieurs égards, oui. La mise en scène de Wilson épure le visuel autant dans ses formes que dans ses couleurs. Des teintes de gris, bleu pâle et vert pâle constituent la presque totalité de la palette lumineuse des costumes, alors que les décors présentent des arbres aseptisés comme des collages de Matisse, sans la flamboyance. Le résultat est surprenant. Là où certains ne voient que froideur et intellectualisme pasteurisé, moi je vois la marque d’un traitement au deuxième degré de la trame dramatique.

Monteverdi n’a jamais voulu faire une fresque pastorale et réaliste. Il s’est plutôt appliqué à investir le champ psychologique de ses personnages et souligner par le fait même le pouvoir de la musique. La mise en scène de Wilson met l’accent sur une sorte de quasi-abstraction de l’espace visuel pour mieux mettre en lumières la puissance des mélodies et du texte.

La direction de Rinaldo Alessandrini est à cet égard impériale pour la réussite finale, ou non, du projet. Je ne pourrai être catégorique en ce qui a trait à cet aspect de la production. Bien que la science de M. Alessandrini soit indéniable et irréprochable, et bien que l’ensemble de sa participation soit absolument bien ciselée, il me semble qu’il a déjà été plus mordant, plus alerte dans sa direction.

Les solistes sont magnifiques, en particulier Nigl, alerte dans le rôle d’Orfeo.

Au final, j’ai trouvé cette construction visuelle et musicale cohérente et bien assise sur une conception claire et définie de l’oeuvre. Associer l’anti-flamboyance de la mise en scène à la froideur du résultat me semble exagéré, puisque c’est justement au cœur du sujet, la musique, que Wilson tente de nous ramener. C’est alors que la direction musicale aurait dû prendre le relais de façon plus affirmée, alors qu’en fait, Alessandrini s’est contenté de rester dans la fosse plutôt que de littéralement « monter sur scène » et diriger l’action psychologique.

Les gens allergiques aux mises en scène modernistes n’auront rien pour se réjouir, voilà qui est certain. Mais le curieux intéressé par la créativité désarmante d’un grand visionnaire, devrait y jeter un coup d’œil attentif, tandis que son oreille sera certainement charmée par la musique de Monteverdi, quand même fort bien jouée malgré sa retenue émotive.

Frédéric Cardin

Monteverdi: L'Orfeo

Hasse : Cleofide

Emma Kirkby, soprano (Cleofide); Derek Lee Ragin, alto (Poro); Agnès Mellon, soprano (Erissena); Dominique Visse, alto (Alessandro); Randall K. Wong, soprano (Gandarte); David Cordier, alto (Timagene)

Capella Coloniensis

William Christie, direction

Capriccio 7080 (4 CD)

Le sujet de Cleofide était assez populaire à l’époque de la création de cette mouture créée le 13 septembre 1731. Elle ramenait aux conquêtes d’Alexandre le Grand et ses « aventures » en Inde.

La Reine Cleophide, femme du Roi Poros, use de ses charmes pour attendrir Alexandre et le convaincre d’épargner l’armée de son mari et son peuple, ce qui rend Poros absolument furieux de jalousie (on se rendra compte à l’écoute de l’opéra qu’il suffit de très peu pour stimuler la jalousie maladive du Roi!). Elle finit par réussir sans jamais succomber aux avances d’Alexandre. À travers ce scénario, des entrelacs de relations tortueuses entre le général d’Alexandre et la sœur de Poros, des menaces de défection et de trahison et autres quiproquos amoureux ajoutent une complexité souvent bien inutile, et bien trop facilement résolue.

Le livret est basé sur une nouvelle de Métastase et ne remet pas en question les préjugés favorables de l’époque envers les héros de l’Antiquité, en particulier Alexandre. Il semble bien peu probable en effet que le dictateur et conquérant ait été si conciliant et généreux à pardonner, mais qu’importe puisqu’en dehors de sa seule fonction divertissante, l’opéra servait également à flatter les princes présents en leur offrant une image enjôleuse d’eux-mêmes!

Malgré l’aspect moralisant et trop bienveillant de la trame dramatique, la musique délicate et accrocheuse de Hasse sert de véhicule efficace aux solistes impeccables que sont Emma Kirkby et Agnès Mellon, entre autres.

Les mélodies de Hasse (entrecoupées de récitatifs bien entendu) s’enchaînent avec célérité et ne lassent pas l’auditeur. Il y a très peu de chœurs dans cet opéra, contrairement aux œuvres françaises ou anglaises de l’époque. L’importance de la qualité musicale des numéros et du mérite de leurs interprètes s’en trouve ainsi décuplée. Kirkby et Mellon, mais aussi Visse et Ragin offrent des performances étoilées et lumineuses, irrésistibles dans leur légèreté et leur perfection tonale.

L’orchestre sous la direction de William Christie est assez bon, bien que manquant d’entrain par moments.

Ne vous laissez pas décourager par les quelques bémols apportés ici : la redécouverte de cette œuvre plus qu’attrayante mérite tout à fait votre écoute!

Frédéric Cardin



Biber: Vesperae longiores ac breviores

Melissa Hugues, soprano; Ian L. Howell, contre-ténor; Derek Chester, ténor; Douglas Williams, baryton-basse;

Robert Mealy, violon

Stephen Fraser, orgue

Yale Schola Cantorum

Yale Collegium Players

Simon Carrington, direction

Carus 83.348

Vous ai-je déjà dit à quel point j’aime le travail de la maison Carus? Cette maison allemande ressuscite des trésors de musique sacrée pratiquement à chaque mois! Leur catalogue ne se limite pas à ce répertoire bien entendu, mais celui-ci constitue à n’en pas douter l’un des piliers de l’excellente réputation de la maison.

Cette fois, c’est un recueil de vêpres d’Heinrich Ignaz Franz Biber (1644-1704), mieux connu pour sa monumentale Missa Salisburgensis, qui reçoit l’attention des passionnés de chez Carus.

L’édition de l’œuvre ne comportait qu’un ensemble de psaumes et de litanies, ce qui ne correspond pas exactement au cycle naturel des vêpres. L’ensemble a donc été complété avec les portions manquantes (tel que le Domine adjuvandum ou encore un Ave maris stella) écrites par d’autres compositeurs, un Magnificat de Biber lui-même écrit pour une autre occasion et un extrait des superbes Sonates du Mystère pour violon et orgue, celui sur l’Annonciation de Marie.

Le résultat surprend par sa cohérence. Les Psaumes mis en musique par Biber démontre toute l’ampleur de son savoir. Les parties fuguées sont riches et intenses, mais ne se transforment pas en exercice de style aride. L’émotion et la dévotion transpirent de ces partitions mélodiquement magnifiques.

La principale surprise vient de l’Ave maris stella de l’empereur Leopold 1er (!!), un air élégiaque et poignant qui atteste de la valeur intellectuelle et morale de ce souverain bâtisseur et pacifique.

La construction de ce cycle est économe et intimiste puisqu’en dehors des solistes et du choeur, elle fait appel à des effectifs instrumentaux réduits. Le résultat est une musique à dimension humaine qui devait toucher les auditeurs de manière très personnelle au XVIIe siècle, tout comme elle réussit à le faire encore aujourd’hui.

Je ne saurais être trop enthousiaste et vous enjoindre de tout cœur à jeter une oreille accueillante sur ce très beau disque.

Frédéric Cardin



mardi 2 août 2011

Respighi : Concerto pour violon en la majeur; Aria for Strings; Suite for Strings; Rossiniana

Respighi: Violin Concerto in A major
Laura Marzadori, violon

Chamber Orchestra of New York

Salvatore Di Vittorio, direction

Naxos 8.572332

D’entrée de jeu, le ton est donné : nous sommes en présence d’un Respighi fasciné par la musique ancienne, ses modes harmoniques, ses couleurs, sa résonance émotive. L’Aria for Strings est une émouvante pièce élégiaque composée par un jeune homme de 22 ans. Dans cet exercice de style, Respighi rend un hommage senti à la musique baroque, avec cette courte pièce construite dans le style d’un adagio poignant qui aurait pu être écrit par Corelli ou même Bach. L’orchestration (réalisée par Di Vittorio) utilise à bon escient l’ampleur et la somptuosité des cordes. Magnifique.

Le Concerto pour violon en la majeur, qui date de 1903, a été laissé inachevé par le compositeur, dans une partition comprenant les deux premiers mouvements puis le troisième en réduction pour piano. Le chef et musicologue Salvatore Di Vittorio s’est attelé à la tâche de retranscrire le mouvement final de façon à obtenir ici le premier des concertos de Respighi pour cet instrument (bien avant le Concerto dall’antica et le Concerto gregoriano). La facture de l’œuvre est éminemment romantique, mais on perçoit l’évidente présence de la sensibilité du compositeur envers les musiques anciennes. Le premier mouvement s’amorce sur un thème affirmatif, un brin pompeux, déclamé par le soliste de façon assurée. Le mouvement se développe en une section ample toute romantique avant de voir l’orchestre prendre sa place et colorer l’ensemble de manière pastorale, accompagné par le soliste, un brin chamailleur. Le mouvement central est superbement évocateur. Les bois et le violon se partagent la part belle dans une sérénade suggestive qui m’a foncièrement séduite. Le troisième mouvement, un allegro rondo vif et dynamique, introduit une musculature bienvenue dans l’œuvre, et un sens du drame que Respighi exploitera encore mieux quelques années plus tard dans ses œuvres scéniques et ses poèmes symphoniques. Le Concerto ne ressemble pas à quoi que ce soit que l’on retrouve dans sa Trilogie romaine. Il s’agit d’une pièce résolument ancrée dans le romantisme lyrique du 19e siècle. Mais qu’à cela ne tienne, il est très beau ce Concerto, et je vous en recommande fortement l’écoute.

La Suite for Strings date de 1902 et est certainement une sorte de prélude à ce que Respighi fera plus tard (avec énormément de succès) avec la musique baroque (ses Airs et Danses Anciens ou sa suite Les Oiseaux). La Suite est en six mouvements représentés par une danse baroque (Chaconne, Sicilienne, Gigue, Sarabande, Burlesque et Rigaudon). Bien que les mélodies ne soient pas aussi accrocheuses que celles de ce genre qui suivront plus tard, l’ensemble est plutôt agréable à écouter.

Le disque se termine avec la Suite Rossiniana, peut-être la mieux connue des partitions présentes sur cet enregistrement, en raison de sa composition plus tardive dans la carrière de Respighi, donc plus « mature ». Basée sur Les Riens de Rossini, un petit ensemble de pièces pour piano, cette suite pour orchestre se sert de ces petits « riens » pour construire un édifice dramatiquement accompli et agréablement expressif qui se termine avec une Tarentelle énergique et ensoleillée.

L’orchestre de chambre de New York possède une sonorité ample et riche, et son directeur musical en exploite toutes les nuances avec succès. Un très beau disque qui permet des découvertes on ne peut plus attrayantes.

Frédéric Cardin