«Chaque artiste crée ses précurseurs. Son travail modifie notre conception du passé autant que celle du futur». Jorge Luis Borges

mercredi 30 mars 2011

Kalliwoda : Concert Overture no.17, op. 242; Symphonie No. 2 op. 17 en Mi bémol majeur; Symphonie No. 4 op. 60 en Do majeur

Die Kölner Akademie

Michael Alexander Willens, direction

CPO 777 469-2 (67 min 41 s)

La découverte des oeuvres (en particulier les symphonies) de Johann Wenzel Kalliwoda (1801-1866) fut l’un des moments musicaux les plus agréables des dernières années de votre humble serviteur. Depuis la parution du premier volume CPO consacré à Kalliwoda (avec en programme les symphonies nos 5 & 7) il y a déjà presque 5 ans, l’intérêt a été grand d’en connaître davantage sur ce compositeur d’origine tchèque (né à Prague), mais qui vécut et travailla en Allemagne. Ses dates de naissance et de décès le consacrent comme une sorte de chaînon manquant entre Beethoven et Schubert, mais aussi un contemporain de stature moindre à, mais certainement pas écrasée par, celles de Mendelssohn et même Schumann.

Les Symphonies de Kalliwoda sont clairement liées, stylistiquement et caractériellement, à celles de Beethoven et de Schubert. La clarté de la forme, mais aussi le souffle musclé et plein d’allant rappellent ce cher Ludwig. La physicalité du geste musical ne doit cependant pas laisser l’impression qu’il ne s’agit que d’une musique d’enveloppe, et non de contenu. Les constructions mélodiques de Kalliwoda trahissent une aisance certaine, autant dans la construction musicale à proprement parler que dans l’art de l’orchestration. Kalliwoda maîtrisait superbement le langage esthétique de son époque et, au-delà de l’habile technicien, il se révèle avoir été un créateur parfois inspiré et doué. Kalliwoda n’était pas in innovateur, loin s’en faut, mais il était talentueux et manifestement sophistiqué. Si vous avez fait le tour des centaines de fois des symphonies de Beethoven et de Schubert, tentez l’expérience de celles de Kalliwoda. Vous ne serez pas déçus!

La première au programme est la Symphonie no.2, op.17, publiée en 1829. Beethoven et Schubert venaient de s’éteindre. On pourrait y voir une sorte d’hommage, ou encore la volonté de poursuivre une lignée si génialement établie par les deux géants. Pourtant, aucun pathos n’y est décelable. La symphonie se déroule sur 4 mouvements sans lourdeur exagérée, malgré l’accentuation thématiquement marquée de la pulsation, typique du style beethovenien. Il s’en dégage une impression de fraîcheur et de jeunesse, qui nous place également en territoire schubertien.

La Symphonie no.4, op.60 (en Do majeur), composée quelques années plus tard (en 1835), se révèle être faite du même moule, quoique l’on sente indéniablement que la musculature du langage musical de Kalliwoda s’est amplifiée. L’aisance mélodique n’est jamais amoindrie par cette progression « athlétique », ni le lyrisme inhérent aux thèmes principaux.

Une Ouverture de Concert (no.17), amorce l’enregistrement de façon attrayante et efficacement divertissante, malgré le manque de profondeur du traitement thématique.

Un grand bravo et un sincère merci à toute l’équipe de la maison CPO de nous offrir la chance de redécouvrir un compositeur oublié, et qui constitue une très agréable alternative au répertoire déjà rebattu du jeune Romantisme.

CPO-777469-2

Frédéric Cardin



mardi 29 mars 2011

Johann Adolf Hasse : Sanctus Petrus & Sancta Maria Magdalena

Kirsten Blaise, soprano (S. Maria Magdalena); Heidrun Kordes, soprano (Maria Iacobi); Vivica Genaux, mezzo-soprano (Maria Salome); Terry Wey, alto (S. Petrus); Jacek Laszczkowski, soprano (Joseph d’Arimatea)

Chor und Orchester der Ludwigsburger Schlossfestspiele

Michael Hofstetter, direction

Oehms Classics OC 950

Johann Adolf Hasse (1799-1783) eut une carrière prolifique, même si cela ne transparaît guère dans les programmes des différentes sociétés musicales tant européennes que nord-américaines. Pourtant, sa musique est raffinée et souvent inspirée, et elle possède de très belles qualités mélodiques. Hasse écrivait fort bien pour la voix, comme le prouve cet Oratorio composé pour l’Ospedale degl’Incurabili, l’un des quatre orphelinats de Venise, dont la Pieta demeure à ce jour le plus célèbre, ayant été dirigé par Vivaldi. Hasse, bien qu’Allemand (il est né près de Hambourg), composait dans un style fortement italianisé, et ce de façon pleinement assumée (il signait ses manuscrits Giovanni Adolfo Hasse!). La construction des lignes mélodiques, en particulier celles des voix, trahit une préoccupation de l’effet dramatique et de la projection d’affects de manière très directe. L’essence de cette partition est clairement dédiée à l’expression de la beauté et de sentiments humains rarement tempérés par le recours à des conceptions structurelles telles que la fugue. Malgré cela, la construction de Hasse est rigoureuse tout en étant claire et transparente, ceci en vue de favoriser l’appréciation d’un plus large public.

L’histoire traite d’une rencontre entre Saint-Pierre et Marie-Madeleine (ou Marie de Magdala, la première personne à avoir vu le Christ ressuscité), et leur discussion sur la part de responsabilités attribuée à chacun dans la mort de Jésus sur la Croix. Le dialogue des protagonistes est fictif, et la dramatisation des affects est accentuée (comme il se doit avec un compositeur italianisé!). Pierre et Marie sont en désaccord sur la question, affirmant à tour de rôle leur plus grande responsabilité. Joseph d’Arimathie offre quant à lui des réflexions sur le sens de la crucifixion.

L’écriture de Hasse, tel que mentionné plus haut, est accessible, vibrante, mélodique et hautement dramatique. On remarquera en particulier l’air Mea tormenta, propetare!, chanté par Saint-Pierre (l’alto masculin Terry Wey) : un remarquable exemple de fougue vivaldienne de forme ABA qui aurait très bien pu être écrit par le Prêtre Roux pour Orlando Furioso.

Les solistes sont tous très bons. L’alto Terry Wey, déjà mentionné, possède un timbre aérien non dénué d’aisance dans le registre plus grave. Vivica Genaux est égale à elle-même, soit impériale. Kirsten Blaise, qui joue Marie-Madeleine, transmet toute la fragilité du personnage, mais aussi une indéniable force de caractère qui sous-tend le caractère passionné de cette femme.

Michael Hofstetter imprime une énergie fougueuse aux passages impétueux, et une économie de moyens empreinte de délicatesse dans les passages introspectifs. L’orchestre, assuré et incisif, est magnifiquement bien capté par les techniciens, ainsi que le chœur, qui brille de mille feux, particulièrement dans les derniers mouvements. Une production franchement emballante, qui nous donne sérieusement envie d’entendre les autres œuvres sacrées de M. Hasse.

Oehms Classics: OC950

Frédéric Cardin

samedi 26 mars 2011

Geneviève Laurenceau Tugan Sokhiev Orchestre National du Capitole de Toulouse Naïve V5256

Serge Prokofiev, concerto pour violon n°2, op.63 (1935).
Sergey Rachmaninoff, danses symphoniques, op.45 (1940).
Genviève Laurenceau, violon.
Orchestre National du Capitole de Toulouse.
Tugan Sokhiev, directeur.

À partir de 1935 l'idée d'un retour en Russie soviétique apparaît comme quasi inévitable pour Serge Prokofiev (1891-1953). Durant cette période une oeuvre majeure va naître. Elle a été pensée pour soutenir le violoniste Robert Soetens, qui aurait l'exclusivité de joué le concerto pour violon n°2 durant toute une année. L’écriture est moins complexe que celle du 1er concerto pour violon de 1917, mais plus lyrique, comme nous pouvons l'écouter dans son fameux deuxième mouvement andante assai. Ce concerto est un bel exemple de ce qu'on a appelé " nouvelle simplicité", où Prokofiev avait commencé à clarifier son langage harmonique en atténuant son niveau de dissonance et en donnant la primauté à ses dons remarquables en matière d'invention mélodique.
C'est juste après la tournée de création de se concerto en Europe et Afrique du Nord, que Prokofiev entame le chemin du retour en URSS, et qui deviendra son étape dite soviétique.
Geneviève Laurenceau, premier violon solo de l'orchestre, nous donne une très belle interprétation du concerto, en le jouant de la façon lyrique et passionnée que la partition exige. L'Orchestre du Capitole, fidèle à sa tradition, excellentes cordes, très bons vents le tout très bien géré par Tugan Sokhiev futur directeur musical de la Deutsches Symphonie-Orchester de Berlin à compter de la saison 2012-2013.

Bien que du même pays que Prokofiev, Rachmaninov (1873-1943) vivait une toute autre réalité que son cadet. Pianiste virtuose et légendaire, il a aussi émigré (aux États-Unis), mais n'a pas voulu revenir après la révolution bolchevique. Évidemment tout son univers ainsi que ses biens furent basculés par la marée révolutionnaire, et sa Russie ancestrale ne sera plus jamais comme il s'en souvenait sûrement. Ainsi que le peuple juif, les russes partagent un culte à la nostalgie qui se laisse entendre dans ses magnifiques danses symphoniques. Pensées originalement comme un ballet, Rachmaninov reprend ce matériel en le transformant en trois danses pour l' Orchestre de Philadelphie. L'oeuvre a un caractère autobiographique, sans que le compositeur n'ait jamais donné d'explication, le final du premier mouvement comporte une citation de sa première symphonie, dont la création fut un évènement traumatique dans sa vie. Tandis que dans la danse finale le thème de l'Alléluia de ses Vêpres apparaît pour conduire un espèce de combat ultime et victorieux contre la mort. L'Orchestre du Capitole retrouve toute l'énergie dynamique que cette partition précise, non seulement pour faire ressortir les rythmes et les mélodies si particulières, mais aussi pour rendre justice au métier d'orchestrateur de Rachmaninov.

Un très beau disque de tout point de vue!

Naïve V5256

lundi 21 mars 2011

Sonia Wieder-Atherton / Chants Juifs / Prière Naïve V5226


«Tous, on a eu un jour ou l'autre à attendre, et on aura à attendre encore souvent. Attendre un résultat, attendre un retour, attendre une nouvelle. On sait qu'on aura à attendre, on s'y prépare. On tente de s'installer avec elle, l'attente, de s'entendre avec elle don gré mal gré. Le propre de cette attente, c'est de ne pas savoir ce qui en découlera et d'accepter qu'on ne'est pas seul à décider, pas seul maître des évènements. C'est un ballet qui se danse, un ballet secret, invisible de petits pas vers le passé, de scènes remontant à la surface, vécues, imaginées ou espérées. Où l'on parlemente, on rit, on se fâche, on se réconcilie avec d'autres, avec soi. Petit à petit les pensées se pacifient, faisant place à un besoin de recommencer, de sentir beaucoup plus léger.
Ce chant, il est pour ce jour là. Il résonne, présent sans discontinuer comme pour se souvenir qu'une fois l'attente terminée, c'est un regard nouveau qu'on posera.» Kol Nidre par Sonia Wieder-Atherton.

Naïve V5226.

Wagner: Die Walküre (Bayreuth) Opus Arte


Christian Thielemann, considéré "comme le grand wagnérien des directeurs d'orchestre de notre temps" (Die Presse) retourne à Bayreuth avec cette radieuse version de Die Walküre filmée en 2010. Pour la première fois en DVD et Blu-ray, nous avons accès au visuel et l'audio de cette production faite par Tankred Dorst's Ring, après l’immense succès de leur version Ring en CD. Deux nouveaux chanteurs ce sont joint à la production: Johan Botha comme Siegmund, qui a été salué par la presse, "comme faisant partie d'une distribution idéale" (Frankfurter Allgemeine Zeitung) et Edith Haller avec sa "belle et puissante voix de soprano" (Süddeutsche Zeitung), comme Sieglinde. Cette production sera dans les salles de cinéma partout dans le monde entier.

Siegmund: Johan Botha
Hunding: Kwangchul Youn
Wotan: Albert Dohmen
Sieglinde: Edith Haller
Brünnhilde: Linda Watson
Fricka: Mihoko Fujimura
Gerhilde: Sonja Mühleck
Ortlinde: Anna Gabler
Waltraute: Martina Dike
Schwertleite: Simone Schröder
Helmwige: Miriam Gordon-Stewart
Siegrune: Wilke te Brummelstroete
Grimgerde: Annette Küttenbaum
Rossweisse: Alexandra Petersamer

Bayreuther Festspiele Chorus
Bayreuther Festspiele

Conductor: Christian Thielemann
Director: Tankred Dorst

Opus Arte DVD: OA1045D
Blu-ray: OABD7081D

À partir du 26 avril 2011.

dimanche 20 mars 2011

Aga Mikolaj chante Strauss et Mozart

Richard Strauss:
Quatre derniers lieder
Ariadne auf Naxos: Es gibt ein Reich
Capriccio: Schlussszene der Gräfin
Wolfgang Amadé Mozart:
Le Nozze di Figaro: cavatina
Le Nozze di Figaro: e Susanna non vien!
Don Giovanni: in quali eccessi
Cosi fan tutte: come scoglio
Aga Mikolaj: soprano
WDR Rundfunkorchester Köln, Karl Sollak, chef.

Voici une nouveauté de CPO pour le mois d'avril 2011. Le dernier disque de la soprano polonaise Aga Mikolaj, Naxos 8.572032 Penderecki, Credo, 8.557766 Penderecki, Seven gates of Jerusalem.
Il s'agit d'un enregistrement qui forme partie du répertoire musical sur scène de la soprano devenant un espèce de portrait musical de l'artiste.

«Sind es die Worte die mein Herz bewegen? Oder sind es die Töne, die stärker sprechen?/ Sont-ce les mots qui émeuvent mon coeur? Ou bien sont-ce les notes qui parlent plus forts?» Capriccio scène finale. Questions d'ordre esthétique que Richard Strauss et tout artiste sont sûrement demandé» Aga Mikolaj.

«Ces même questions d'esthétique Strauss ce les a posé avec les Vie Letzte Lieder/Les quatre derniers lieder, où un vieil homme regarde en arrière un passé qui pour lui ne reviendra plus. Ces lieder représentent un adieu, un adieu à la vie, adieu à une époque de la langue musicale qui fait revivre à l'auditeur la beauté parfaite du son» Karl Sollak.

Le disque finit avec quatre morceaux de Mozart tirés de trois de ses plus grands opéras. Aga Mikolaj à travers son art, nous montre des figures de femmes différentes mais dont le point commun c'est d'être prises avec l'amour sous une forme ou une autre.

Très beau enregistrement où l’on apprécie toute la dimension la plus noble de l'art vocal, avec deux de ses plus grands créateurs Strauss et Mozart.

CPO 777641-2

Philippe Adelfang.


samedi 19 mars 2011

"Discovering Beethoven" - Christian Thielemann, Wiener Philharmoniker.


Un travail de répétition approfondi, une tournée de concerts mondiale, des séances de tournage qui ont duré de décembre 2008 à avril 2010: de toute évidence, c'est un projet colossal à tout égards que Christian Thielemann et les Wiener Philharmoniker ont réalisé avec BEETHOVEN 9, leur cycle Beethoven commun. Les film ont été tournés en haute définition, et la musique enregistrée en 5.0 Surround-Sound (sans canal subwoofer supplémentaire pour des raisons artistiques). C'est ainsi qu'ont vu le jour non seulement le premier enregistrement Beethoven des Wiener Philharmoniker en HD mais aussi le tout premier cycle Beethoven à satisfaire aux critères de la technologie blu-ray haute résolution. L'intégralité de ce programme fait aujourd'hui l'objet de deux publications, l'une sous forme de trois disques blu-ray, l'autre sous forme de trois triples DVD.

CMajor: blu-ray 705004, 704804 (déjà disponible) et 705204 (à partir du 29 mars 2011)
DVD 704908, 704708 (déjà disponible) et 705108 (à partir du 29 mars 2011)